Prendre un objet dans la main, et par ce seul contact, réussir à deviner son histoire, sa nature, son origine, ou même l’histoire de son propriétaire, est la manifestation d’une PES appelée la « psychométrie » (ou post-cognition ou métagnomie tactile). Grâce à cette perception extra-sensorielle, certains affirment pouvoir ressentir et visualiser la « mémoire des choses ».
Ceux qui pratiquent couramment la psychométrie (aussi appelés « les postcogs» pour postcognitifs) semblent ne pas être gênés par le fait que ces objets soient hors de leur vue, à l’intérieur de boîtes ou d’enveloppes cachetées. Le toucher est le sens le plus souvent mis à contribution pour initier le déclenchement de cette PES.
Certains pourront objecter qu’il s’agit simplement de chance, de logique, ou d’approximations. En revanche, lorsqu’on a assistéà l’une de ces expériences, on sait que les informations livrées par le postcognitif sont trop détaillées et exactes pour provenir du hasard ou de la chance.
Des services de police et de gendarmerie, mais aussi des services de renseignement, et même des institutions militaires s’intéressent à la psychométrie et l’utilisent parfois. Toutefois, que ces administrations fassent appel à des extra-sensoriels ne prouve pas nécessairement l’efficacité ni la réalité de la psychométrie. Les policiers font le pari du paranormal dans la mesure où la technique psychométrique ne présente à priori aucun risque particulier et ne les gêne pas dans l’enquête. De plus, la présence d’un extra-sensoriel, peut parfois suffisamment impressionner un suspect pour le faire passer aux aveux, puisque persuadé que de toutes les façons tout va être découvert de façon paranormale. Alors, si elle peut contribuer à résoudre une affaire criminelle, alors pourquoi ne pas essayer ?
Dans les cas de disparition, l’extra-sensoriel prend en main un objet ayant appartenu à la victime ou à l’agresseur. Puis il énonce des faits, des noms, décrit des lieux, des impressions, des sons, ou dessine des images ainsi que tout ce qu’il ressent. L’ensemble est soigneusement consigné et éventuellement pris en considération par les enquêteurs.
Marcello Truzzi (1935-2003), a été, dans le domaine, l’un des plus passionnés chercheurs contemporains. Professeur de sociologie, dans une université du Michigan, il était aussi entre autres, directeur du « centre de recherche des anomalies scientifiques » (dont la maxime pourrait être « les affirmations extraordinaires nécessitent simplement des preuves extraordinaires »). Brillant chercheur, il s’opposait aux scientistes obtus, aux pseudo-tenants du doute véritable, aux terroristes du supranormal, et à l’obscurantisme fanatique des associations de pseudo-sceptiques. Après avoir étudié des centaines de cas au travers du globe, il restait quand même assez prudent quand à l’utilité de la psychométrie et de la voyance dans les enquêtes de police. Marcello était un proche ami depuis des années, et, fin 2002, dans le cadre d’une émission que je préparai, il me livrait ses impressions :
Q : Que pensez vous de l'utilisation par la police de voyants, d’extra-sensoriels, et de psychométrie dans leurs enquêtes ? Est ce que il y a des résultats tangibles ?
(Note de traduction : Dans les réponses, nous utiliserons le terme « voyants » pour décrire l’ensemble des voyants, extra-sensoriels, et psychromètres)
R : A ce jour, les « voyants » ne sont que très rarement sollicités officiellement par la police dans des enquêtes. Et dans les rares cas où ils ont été utilisés, la police oppose de toutes façons un démenti officiel de crainte de voir les médias ridiculiser la méthode.
De plus, le manque d'informations fiables empêche de juger si le peu d'interventions qui se sont avérées justes furent ou pas le fruit de la chance. Un des écueils majeurs est que l'on ne parle que des résultats positifs, sans comptabiliser et prendre en compte les nombreux échecs. Certains «voyants» s'essayent à parfois plus d'une centaine de cas par ans... Aussi, on peut donc raisonnablement s'attendre à un pourcentage de succès simplement dus à la chance et aux probabilités.
De plus, beaucoup des réussites présumées des « voyants » s'avèrent après vérification, n'être ni plus ni moins qu'un tissu de mensonges.
Toutes les études en laboratoire menées sur les résultats obtenus dans des enquêtes criminelles, ont des résultats négatifs. Les résultats obtenus par les voyants ne sont pas plus concluants que ceux obtenus par des policiers ou même des étudiants…
Bien qu'il soit arrivé qu'un « voyant » ait aidé la police à localiser un corps, à ce jour aucun « voyant » n'a permis d'obtenir des preuves nécessaires pour déterminer l'identité de l'auteur d'un crime. En un mot, la validité des résultats obtenus par les « voyants » est nulle si ce n'est négative.
Totalement en marge du débat sur la réalité du phénomène lui-même, se pose la question de son utilité. Ainsi, même lorsque aucune des visions n'a d'utilité, la présence d'un « voyant » est souvent considérée comme bénéfique par la famille (de la victime) comme par la police. L'utilisation d'un « voyant » démontre ainsi au combien les enquêteurs sont de bonne volonté pour résoudre l'affaire et qu'ils ne négligent aucune pistes. Ce qui peut être primordial pour l'opinion public.
De plus, les « voyants » peuvent devenir pour la famille et l'entourage d'excellents pseudo-thérapeutes.
En un mot, même si l'aspect "paranormal" de leur intervention est invalide, les voyants peuvent s'avérer utiles dans les enquêtes.
On peut aussi signaler que la police les utilise parfois pour d'autres raisons. Il peut ainsi arriver par exemple que des suspects passent spontanément aux aveux quand il se croient en présence de quelqu'un qui est "voyant", de la même manière qu'il le font lorsqu'ils savent qu'ils vont être soumis au détecteur de mensonges.
Q: Marcello, avez-vous déjà participé en direct à une enquête pour étudier un « voyant » en action?
R : Non, pas directement. En revanche, je suis en contact avec de nombreux « voyants » utilisés régulièrement en tant que consultants par la police.
Q: Quels sont pour vous les cas les plus intéressants?
R : Je crois que les cas les plus intéressants sont ceux où plusieurs « voyants » sont consultés pour la même enquête. Leurs avis sont en général très différents pour ne pas dire complètement contradictoires.
Ces cas nous apportent des informations intéressantes en ce qui concerne leur mode de fonctionnement .
Q: Retrouve on des similarités dans la manière dont ces « voyants » perçoivent l'information ?
R : Les cas sont très différents. Certains visualisent la scène depuis l'extérieur. D'autres semblent percevoir les sensations de la victime. Il y a les psychométres qui ont besoin d'un objet appartenant à la victime et alors que d'autres n'ont besoin de rien. De plus alors que certains doivent se déplacer et venir sur le lieu du crime, d'autres travaillent à distance et par téléphone.
Q: En admettant la réalité du phénomène ESP, quels seraient le ou les sens utilisés?
R : En éliminant les cas de désinformation/fraude évidents (comme ceux de Gerad Croiset ou Peter Hurkos) les voyants professionnels possèdent en général une sensibilité accrue dans le domaine de la communication interpersonnelle.
Les meilleurs « voyants » ont en général acquis une expérience leur permettant de déceler des shémas comportementaux subtils.
En un mot ce sont des personnes intelligentes douées d'un sens inné de détective. Bien souvent, surtout en zone rurale, ils ont une meilleure expérience des enquêtes que la police locale. En général, le voyant » sonde l'enquêteur lui-même ou le parent de la victime, il ne "voit" pas sur la victime mais sur ceux qui l'emploie !
Bien souvent il ne fait que confirmer:/renforcer/orienter les hypothèses déjà élaborées par la police. Son but étant de faire une bonne consultation, satisfaisante pour celui qui l'emploie, qui bien souvent n'a pas grand choses à voir avec la réalité du crime lui-même!
Q: Quel seraient l(es) explications du phénomène ? Les objets auraient ils selon vous une mémoire ?
R : Bien que de nombreux « voyants » prétendent utiliser la psychométrie, il n'y a aujourd'hui aucune preuves scientifiques de la chose. De plus, tel Sherlock Holmes tirant d'étonnantes conclusions d'une observation minutieuse, il est souvent possible à l'examen d'un objet d'en déduire des informations sur le propriétaire.
Q: Avez-vous quelques commentaires à rajouter pour conclure ?
R : Au fond, l'évaluation de l'utilité ou du succès des « voyants » dans ces enquêtes est affaire de pragmatisme, il s'agit plus de découvrir des éléments possibles plutôt que des preuves purement rationnelles de ce qui c'est passé dans le cas du crime.
Q : Marcello, merci beaucoup pour toutes ces informations, ceux que ça intéresse se reporteront à votre livre. "The Blue senses". Il est la référence en la matière.